Le talent ne fait pas tout

by Kluwer Learning Team

Le talent ne suffit pas. Il est même parfois un peu surestimé. En défendant cette position controversée, le gourou du leadership Geoff Colvin a assuré le succès de son livre ‘Talent is overrated’. “Travailler dur est au moins aussi important”, estime pour sa part Hubert De Neve, Vice President Human Resources chez Imec, “mais on ne peut pas non plus sous-estimer le talent.”

 

99 % du succès provient du travail. Le reste est dû au talent. Telle est l’opinion de Colvin qui ébranle sans nuance l’importance du talent en tant que qualité héréditaire. Ce n’est pas là que réside la clé du succès, explique l’auteur à succès, mais dans la ‘deliberate practice’. Comprenez : s’exercer de manière ciblée, jusqu’à l’ennui.

 

“’Talent is overrated’ est un titre surtout vendeur, mais l’essence de la pensée de Colvin est correcte”, estime De Neve. “Une étude réalisée il y a 30 ans indiquait déjà que le talent seul ne suffisait pas à expliquer les prestations de haut niveau. Ceci ressort également d’une étude sur ce qui distingue un expert de quelqu’un aux prédispositions moyennes : ce n’est pas tant le talent ou l’intelligence que le dur labeur et l’intensité des exercices.”

 

Souffrir

De Neve ne veut pas dire pour autant que les prédispositions ne jouent aucun rôle. Auquel cas, tout le monde pourrait tout faire à condition de s’exercer suffisamment et d’être prêt à souffrir pour cela. “Comme le démontre la pratique, ce n’est pas vrai non plus. Pour moi, c’est le piège dans lequel le lecteur du livre ne doit pas tomber. Tout le monde ne peut pas devenir une Kim Clijsters ou une Justine Henin, et pas davantage remporter un prix Nobel de physique.”

 

À cela s’oppose le fait que le lien entre l’intelligence et le succès est assez limité. “Ce lien a également fait l’objet d’une étude”, explique de Neve. “Ceci ne signifie pas que l’intelligence ne compte pas, mais bien qu’il y a encore d’autres facteurs qui font la différence.”

 

La question que chaque talent manager se pose à cet égard est de savoir si, et comment, il peut appliquer les idées de Colvin sur le lieu de travail. Selon Colvin, il n’y a en effet que peu d’employés qui maîtrisent cette deliberate practice.

 

Rapidité

“Si Colvin affirme que le succès est le fruit d’un dur labeur, j’ajouterais volontiers que les employés doivent aussi travailler de manière raisonnable et exécuter leurs tâches de manière intelligente”, estime De Neve, qui associe ce point à la rapidité.

 

“Non seulement la rapidité d’exécution, mais aussi l’art de savoir évaluer des situations complexes. Celui qui fournit des prestations de haut niveau se base très souvent sur la représentation schématique d’une situation et identifie immédiatement la solution à un problème.”

 

Comment se fait-il que certains sachent justement mieux le faire que d’autres ? N’est-ce pas malgré tout une question de talent ? “Ma foi, répond De Neve, je pense que la présence d’un bon mentor – et c’est à dessein que je n’utilise pas le terme ‘patron’ – joue un rôle important à cet égard. Celui-ci doit être à même d’identifier ce qui fait vraiment la différence, en encourageant la pratique de la deliberate practice,. En effet, ceci – reconnaître les actions que l’on doit entreprendre dans une situation déterminée – constitue la véritable base des prestations de haut niveau, et donc, du succès.”

 

Motivation

Travailler dur ne suffit donc pas. L’environnement doit également être favorable. “Il y a toujours un petit facteur chance. Mais l’intérêt ainsi que la disposition à travailler dur doivent aussi être présents”, explique De Neve.

 

Motivation et passion sont donc nécessaires. “Celui qui veut matérialiser son talent ne peut pratiquement pas s’en passer”, estime De Neve. “Ces deux facteurs déterminent ce que vous voulez vraiment dans la vie, et ce que vous êtes prêt à faire pour y arriver.”

 

Geoff Colvin est senior writer pour le magazine Fortune et conférencier international sur le leadership, le management et la globalisation.

Hubert De Neve est Vice President Human Resources de l’entreprise de technologie Imec. Pour KnowHow, il a lu et commenté le livre ‘Talent is overrated’ de Geoff Colvin. Hubert De Neve est en outre le maître de cérémonie de la journée d’étude ‘Hr-software uitgesponnen’, qu’il inaugurera par sa présentation intitulée ‘Où en sommes-nous aujourd’hui avec l’e-hrm et quelles leçons pouvons-nous tirer des 15 dernières années ?’.

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