Les entreprises n’investissent-elles pas assez dans la formation de leurs travailleurs ?

En 2010, les entreprises implantées en Belgique ont consacré 1,62 % de leur masse salariale à la formation de leurs collaborateurs. Telle est la conclusion – présentée la semaine dernière – d’une étude réalisée par le bureau Dun & Bradstreet. 

Les investissements en formation consentis par les entreprises restent donc bien en dessous du 1,9% convenu dans l’Accord interprofessionnel (AIP). Largement de quoi alimenter de houleux débats entre la CSC et la FEB, et entre les différents secteurs d’activité, dont rares sont d’ailleurs ceux qui respectent cet objectif.
Mais attention ! Ne versons pas dans l’analyse purement statistique de la question. Tous les efforts réalisés en faveur du développement professionnel et de la formation ne s’expriment pas nécessairement en euros. Il est grand temps que la formation fasse place à l’apprentissage, et que les entreprises fassent de l’apprentissage – et de l’avantage concurrentiel qui en découle – leur priorité première.

Extraits de l’interview accordée par Johan De Meyer à Jobat le 12 février 2012.

Formations formelles et informelles 

En 2010, 73 pour cent du budget de formation ont été consacrés à des formations ou des stages collectifs élaborés par des enseignants et dispensés dans des locaux de toute évidence distincts du lieu de travail des participants.

Depuis 2008, les entreprises peuvent également reprendre les formations informelles dans leur bilan social. Par formations informelles, il convient d’entendre les diverses méthodes de formation sur le terrain, telles que l’encadrement par un parrain ou une marraine, le coaching, l’autodidaxie, la participation à des cercles de formation, les visites d’étude, les conférences, etc.
En 2012, les formations informelles représentaient 23 des efforts de formation consentis par les entreprises belges, soit une légère augmentation par rapport à l’année précédente.

L’inconvénient des formations informelles est qu’il est difficile d’en exprimer la valeur exacte en euros. Un problème dont Johan De Meyer, directeur de Kluwer Formations et président de la Commission Formation de Federgon, est pleinement conscient. « De plus en plus de travailleurs apprennent au contact de leurs collègues ou via les médias sociaux. Cependant, tout le monde ne procède pas de la même manière ou n’y consacre pas un nombre d’heures bien déterminé. Bien souvent, c’est quelque chose dont on ne garde absolument aucune trace. »

Les collègues, source d’apprentissage par excellence

Le Learning Indicator de Kluwer révèle toutefois que les travailleurs belges considèrent les échanges avec leurs collègues comme la première source d’apprentissage. Et De Meyer de confirmer : « Visiblement, c’est de cette manière qu’un important groupe de travailleurs apprend le plus. Ce que vous ne constaterez bien entendu jamais en analysant uniquement les statistiques. Je pense qu’à l’avenir, il sera de plus de plus difficile d’exprimer de manière chiffrée les investissements réalisés en matière de formation. On peut donc se demander quel est encore l’intérêt de disposer de ce genre de pourcentage. »

Nous apprenons de plus en plus

De Meyer remarque que la terminologie a elle aussi évolué au cours des cinq dernières années. « On parle de moins en moins de formations, et davantage d’apprentissage. C’est un concept tellement plus vaste. » Selon l’enquête de Kluwer, 91 pour cent des 4 000 travailleurs interrogés suivent chaque année l’une ou l’autre sorte de formation.

De Meyer ne pense toutefois pas qu’en cette période de crise, l’importance de la formation informelle évoluera aux dépends de la formation formelle. « Il ne faut pas sous-estimer l’effet des formations collectives. Les participants apprennent non seulement énormément au cours de ces formations, mais ils se retrouvent également souvent dans un réseau social qui peut être particulièrement stimulant. Le partage d’expériences est quelque chose qui profite à chacun. »

« Dans l’économie du savoir qui est la nôtre, la formation revêtira de plus en plus d’importance », prédit De Meyer. « Les entreprises belges n’auront d’autre choix que d’investir de plus en plus dans le développement de leurs collaborateurs et dans le networking. Aujourd’hui plus que jamais, si vous possédez les connaissances, vous possédez le pouvoir. »

Le budget de formation en hausse, mais toujours en deçà de la norme

En 2010, les entreprises belges ont consacré en moyenne 1,62 pour cent de leur masse salariale à la formation de leurs travailleurs. Une légère augmentation par rapport au 1,55 pour cent de 2009, qui reste néanmoins bien en deçà de l’objectif de 1,9 pour cent. En 2010, le budget moyen débloqué pour la formation était de 897,85 euros par travailleur.

Johan De Meyer parle d’une tendance stable, voire légèrement à la hausse. « Le marché de la formation a enregistré une forte augmentation entre 2003 et 2008. Au cours de ces cinq années, la croissance avoisinait systématiquement les 10 pour cent. En 2009, nous avons connu un important recul, lié à la crise qui avait débuté fin 2008. Depuis, la croissance a ralenti. »

Selon De Meyer, il n’y a rien d’étonnant à ce que la formation ne figure plus au rang de priorité en temps de crise. « Il s’agit de dépenses qui peuvent être immédiatement réduites. Le fait est qu’il est plus facile d’amputer le budget de formation que de licencier du personnel. »

Ce qui, estime De Meyer, ne vaut pas pour autant dire que la crise que nous traversons actuellement entraînera les mêmes conséquences que celle de 2008. « Le marché du travail est en pénurie, ce qui oblige les entreprises à chercher d’autres solutions. Une société qui ne parvient pas à trouver suffisamment de travailleurs qualifiés devra envisager de former les membres de son personnel. Ce qui sera parfois possible, à condition bien entendu de savoir quelles sont ses besoins. De plus, une politique efficace en matière de formation constituera un argument supplémentaire pour attirer les jeunes talents. Ceux-ci ne sont pas uniquement intéressés par le montant de leur salaire ou par le modèle et la marque de leur voiture de société. »

Plus d’info ?

Jobat: Le secteur privé ne respecte pas ses engagements en matière de formation
HRWorld: Bilan des formations en 2010 : efforts globaux insuffisants
HRMagazine: Les entreprises investissent-elles assez (ou pas) dans la formation ?

 

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Auteur

Johan De Meyer occupe le poste de directeur de NCOI Learning.

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